Après la crise : les amis ?

opposés

La crise sanitaire liée à l’épidémie de covid-19 va être longue et compliquée à gérer au quotidien. Nous sommes actuellement au cœur d’un confinement strict. On commence à voir se dessiner une sortie de crise longue et complexe. L’économie sera, semble-t-il, durablement affaiblie, la « distanciation sociale » sera certainement longtemps de mise, les réunions type concerts, festivals, seront mis en sommeil pendant encore de longs mois… Notre quotidien sera perturbé pour une durée qui risque d’être longue, très longue. Cette période de réflexion prolongée et néanmoins imposée nous amène irrémédiablement à nous poser des questions sur l’avenir. En particulier, des questions sur les rapports humains après la crise. Allons-nous faire le tri dans nos relations, dans nos amis ? Aurons-nous les mêmes activités associatives, culturelles, sociales ?

Un constat accablant

« Il n’y a pas de virus, le gouvernement veut simplement nous tenir enfermer, pour qu’on ne manifeste pas », « Le virus est une fabrication humaine, il est créé pour réduire la population mondiale », « Le traitement du professeur Raoult n’est pas cher, alors il ne veulent pas nous le donner, ça ne rapporte pas assez », « Le professeur Raoult est un génie, victime de la jalousie de certains proches du gouvernement », « On va nous piquer nos économies pour payer la crise »…

Phrases glanées

Tous les jours, on entend, on lit de nouvelles théories. Arrivé à ce niveau, je ne cherche pas à savoir si elles sont vraies ou au moins plausibles. Non, je voudrais juste que les personnes qui les émettent soient en mesure de les étayer un minimum. Hors, ce n’est jamais le cas. Certains, émettent ces nouvelles thèses avec agressivité, avec mépris à l’égard de ceux qui n’y adhèrent pas, avec l’assurance d’avoir raison contre tous.

Colporter des infox, de manière volontaire est, à mes yeux criminel. Le procédé vise essentiellement à déstabiliser notre démocratie. Je ne vais pas m’étendre sur cette question. Par contre, de nombreux amis, relations, membres d’associations se font le relais, en toute bonne foi de ces « fake-news », souvent par peur ou par agacement face à une situation inédite et dont l’issue, les conséquences et les implications sont pour le moins difficiles à appréhender.

Des solutions pourtant simples

Il n’est pourtant pas si compliqué de muscler son jugement. Sans prendre partie pour ou contre une théorie nouvelle, on peut néanmoins faire preuve d’une bonne « hygiène mentale« . Suspendre son jugement avant de trancher. Remonter à la source des informations. Connaitre et comprendre les limites de notre cerveau et de notre pensée.

J’ai tenté, pendant longtemps, de proposer à mes amis, à mes proches, des outils utiles pour prendre conscience des biais auxquels notre réflexion est soumise, des outils pour décrypter une information ou un discours donné. Certains d’entre-eux, ont mis en place des techniques d’autodéfense intellectuelle. D’autres, au contraire, n’y ont pas vu le moyen de protéger leur esprit des dogmes, de la désinformation et autres croyances.

Cet échec partiel est, en général, décevant. Mais il prend, en cette période particulière, une dimension nettement plus dramatique. Je constate une perte totale de repères, une aggravation de la crise de confiance envers les institutions, un durcissement des positions dogmatiques, une agressivité nouvelle ou accrue face à toute forme de contradiction. Et ce qui est encore plus perturbant, cette exacerbation des réactions survient de la part de personnes inattendues. En effet, pour certains l’amitié normalisait, temporisait, adoucissait les propos et permettait l’écoute mutuelle. Pour d’autres, l’appartenance à des cercles de réflexion, laissait espérer un peu de recul dans l’élaboration de la pensée. Pour certains, enfin, la quiétude et la douceur habituelles s’est volatilisée.

Les « bonnes surprises » sont rares, mais il faut les noter. Certains, habituellement militants, vindicatifs ou opposés à tout ce qui vient « d’en haut », s’en remettent avec confiance aux décisions, parce que cela leur semble rationnel. Ce qui ne les empêche pas de garder leur esprit critique.

Du coup, on fait quoi ?

Ce douloureux constat est une source de questionnement ces dernières semaines. Les amis qui refusent parfois avec violence de discuter, les « philosophes » qui deviennent des machines à diffuser de la propagande, les gentils qui deviennent hargneux me font tous douter. Certes, je ne doute pas de la validité des outils de l’esprit critique. Mais je doute de ma capacité à passer outre, à oublier. Aujourd’hui, je ne sais pas, si les rapports humains après la crise, seront les mêmes. Je ne sais pas si j’aurai envie de continuer à partager de temps avec des gens qui ont démontré tant d’acharnement à étouffer leur esprit critique.

À l’inverse, certaines personne montrent une réelle faculté à modifier leur logiciel intellectuel habituel pour aller vers plus de rationalité. D’autres ont visiblement renforcé leur système immunitaire anti infox. Ces personnes sont des valeurs sûres, elles sont solides.

À ce jour, je me demande si, à l’issue de la crise, je ne vais pas faire le tri dans mes amis, au sens très large. Le lien qui m’unit à certains est affaibli, que ce soient des amis proches ou des relations associatives. D’autres liens se renforcent. La situation, nous donne encore un mois minimum de réflexion. Il est important, pour moi, de mettre à profit ce temps pour imaginer quels seront mes rapports humains à l’issue de la crise et pour éviter de prendre des décisions définitives. Je suis actuellement un peu pessimiste, mais le temps viendra peut-être panser ces plaies dans mes amitiés.

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2 commentaires sur “Après la crise : les amis ?”

  1. Cher Monsieur Fleury,

    En recevant votre courriel, ma première réaction a été « il me fait chier, ce con, j’efface en vitesse »…

    Hélas…Même les plus endurcis ont des faiblesses, et je me suis mis à lire votre texte…

    J’en retiens que vous découvrez, à l’occasion de la petite crise actuelle, que certains de vos amis sont en réalité de fieffés connards.

    Cela vous perturbe. Etant donné les bonnes relations qui nous unissent, je vais me permettre de vous donner un conseil : réjouissez-vous.

    La plupart des relations humaines sont basées sur des malentendus. Regardez le nombre de divorces.

    Qu’un événement fortuit vous permette de démasquer la véritable nature de certaines de vos relations est un cadeau du ciel. Et ce n’est pas parce qu’on a des atomes crochus dans un domaine avec une personne qu’on doit nécessairement en inférer qu’on pourrait passer sa vie avec elle sur une île déserte.

    « Le caractère, vertu des temps difficiles » disait de Gaulle. Nous vivons des temps un peu difficiles…Alors, les faibles, les sans caractère, mais aussi les tordus, partent en vrille (barrent en couille, si vous préférez).

    Il faut prendre les choses en riant (et non les roses en chiant)…Je vous le redis : réjouissez-vous…

    Allez, à la revoyure…

    Christian Azais

    1. Cher Monsieur Azaïs,

      Je suis surpris que vous soyez prévenu de ma prose par mail et j’en suis à la fois amusé et confus. Vous trouverez sûrement le moyen de vous débarrasser du « con qui vous fait chier », je vous fais confiance.

      Mais puisque vous m’avez fait l’honneur de me lire et de m’écrire, soyez le bienvenu.

      Vous serez peut-être surpris de lire que lorsque j’énonce un constat, cela ne m’implique pas nécessairement de manière émotionnelle. C’est un constat, point.

      Et je ne suis d’ailleurs pas loin de partager votre point de vue sur la question, à savoir me réjouir.

      Une chose vous étonnera probablement, mais mes amis politiques ont plutôt très bien résisté à la tentation « complotiste » et ne sont donc pas concernés par le propos de cet article.

      J’ai appris que vous aviez fermé votre groupe sur facebook. J’ai également pris un certain recul salutaire. En attendant des jours meilleurs.

      Au plaisir de vous lire.

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