Activez votre radar à fausses infos

Il y a toujours un moment où je reçois un message qui me semble suspect, je mets en général moins de 2 secondes pour le détecter. Comme si des alarmes se mettaient en marche dans mon cerveau pour me dire : « ATTENTION INFO DOUTEUSE ! », et force est de constater que je me trompe rarement.

Comme je ne suis pas particulièrement partisan du paranormal (ceci est un euphémisme), je me dis qu’il doit bien y avoir une explication rationnelle qui me conduit à reconnaitre une fausse info.

Je crois que l’expérience m’est essentielle dans la détection, c’est ce que j’appelle le « radar à fausses infos ».

Après plus de 25 ans passés à devoir trier les infos reçues (mail, sites, réseaux sociaux, …) j’ai acquis quelques réflexes.

Cette longue introduction pour aller à l’essentiel du sujet, à savoir vous donner quelques conseils pour activer votre propre radar à fausses infos.

1ère règle :  « Tout ce que je lis n’est pas nécessairement vrai« , même si cette formule semble évidente, il n’est cependant pas facile de se défaire de cette impression d’autorité qui émane du texte écrit. On se dit inconsciemment « si quelqu’un à pris la peine d’écrire cela, c’est qu’il y a réfléchi » … sauf que … à priori on ne connait pas les motivations du rédacteur. Il peut être pédagogue, mais aussi avoir voulu faire un canular/une blague, il peut également se tromper, ou encore chercher volontairement à donner une information erronée pour faire passer un message (politique, culturel, sociétal …).

2ème règle : « Émotion n’est pas raison« , il faut se méfier de ses propres émotions, un texte fallacieux est là pour créer une émotion, peur, colère, joie, … Souvent les textes qui sont censés mettre dans un état émotionnel particulier sont suspects. Un des plus anciens messages de ce type que je connaisse et qui joue sur la pitié est le mail-chaine pour sauver la petite Noélie d’une maladie grave, si vous ne connaissez pas, je vous laisse découvrir via le lien. Il y a aussi ce vieux marronnier sur les conducteurs de trains qui auraient des avantages mirobolants, jouant ainsi sur la colère et la jalousie, par exemple la prime « charbon », ou la prime pour « absence de prime » ! Cette fausse info a déjà été « debunkée » un nombre incalculable de fois, mais elle revient toujours, voici un très bon article du monde de 2014 sur cette question.

3ème règle : « Si c’est pas beau, c’est peut-être bien faux« , vous avez sûrement déjà reçu de mails émanant, soit-disant d’un organisme officiel (impôts, CPAM, banque …), truffé de fautes, à la syntaxe douteuse … ce sont en général des mails de phishing ou hameçonnage, ils imitent la forme de mails émanant de organismes, pour tenter de voler vos informations. De la même manière, des messages remplis de majuscules, de points d’exclamation, de fautes, de messages avec des titres remplis de « Re: », « Tr: », « Fwd: » … indiquent souvent un mail-chaine qui aurait été lu puis transféré sans être analysé.

4ème règle : « Pourquoi serais-je un initié ?« , vous recevez un message dans lequel on vous informe de quelque chose de parfaitement extraordinaire. Une loi qui serait passée inaperçue, mais dont la portée est phénoménale. Un « truc » que personne ne connait pour échapper aux PV et que le législateur dans sa grande stupidité fiscale aurait oublié de corriger. Une solution miracle pour guérir du cancer à base de pépins de citron… Un peu de modestie voyons, vous croyez sincèrement que votre réseau de potes de bistro est mieux informé que l’académie de médecine ou que la presse spécialisée ? Je sais, ça flatterait votre égo, mais je suis désolé de vous décevoir, non.

5ème règle : « je tourne sept fois ma langue sur mon clavier avant de faire suivre« , si malgré tout cela vous pensez que l’information que vous venez de recevoir est vraie, il y a encore bien des étapes à franchir avant de décider de la faire suivre à tous vos contacts. Posez-vous la question suivante : est-ce utile de faire suivre ? Je veux dire, est-ce que l’information que vous détenez sert à quelque chose ? Est-ce que tous vos contacts ont besoin de le savoir ? La grande majorité des choses que l’on dit sur internet (mail, réseaux sociaux …) est inutile, alors pourquoi surcharger d’informations non pertinentes ?

Bien entendu, cette liste de conseils est selon la formule consacrée « non exhaustive », en fait la prudence est souvent bonne conseillère. La précipitation à transférer des informations non vérifiées risque au mieux de nous faire passer pour un con au pire pour quelqu’un de nuisible.

Fort heureusement, si votre radar à fausse info n’est pas encore tout à fait au point, il existe une méthode assez simple pour éviter de transférer des sornettes. Il faut vérifier auprès de ressources réputées fiables (hoaxbuster par exemple, mais il y en a d’autres). Le travail nécessaire à la vérification est certainement un peu plus compliqué que de presser sur le bouton « partager », mais il est bien plus gratifiant.

Et si votre info est vraie, qu’elle est utile, alors diffusez-là, mais à ce moment là seulement.

Allonger le temps … sans Einstein

Quand j’aborde la question de mes activités associatives,de  bricolage, administratives … une question revient souvent : « Comment fais-tu pour trouver le temps de faire tout ça ? »

J’ai bien quelques explications à fournir :

  • dilater de manière relativiste du temps ;
  • utiliser une machine à explorer le temps afin de rejouer certaines heures de la journée ;
  • être dans le film une journée sans fin ;
  • avoir volé le collier retourneur de temps d’Hermione Granger ;

Mais après avoir passé tout ça au rasoir d’Ockham, il ne reste pas grand chose de vraiment plausible.

Pourtant, la journée dure toujours 86 400 secondes. Et dans chacune de ces 86 400 secondes il est assez difficile de faire tenir beaucoup d’activités.

Alors certes, se lever tôt et se coucher tard, sont des facteurs qui accroissent la durée effective « occupable » d’une journée. Cependant ce n’est pas toujours suffisant.

Comme disait Gérard Majax en son temps « Y a un truc[1] » ; et se truc n’est ni magique, ni scientifique.

Ne vous attendez pas à la révélation du siècle, il s’agit simplement de faire des choix.

Comment j’ai procédé pour allonger mes journés :

Avant de me rendre compte que les faits-divers, l’acharnement médiatique et autres sujets d’actualité ne m’intéressaient absolument pas je regardais au moins deux fois le journal télé (midi et soir). -> gain 1h15 par jour. Je reviendrai dans un autre billet sur mon désintérêt pour l’actualité.

J’avais aussi la prétention de croire que j’étais vachement cultivé en regardant des candidats mal ou bien répondre dans des jeux de culture générale -> gain 45 minutes par jour

Et puis bon, le soir un bon documentaire ou un petit film sympa à sélectionner parmi un choix limité, donc en réalité pas du tout ce qui me plait le plus, mais plutôt ce qui me déplait le moins -> gain 1h45 par jour

Voilà pour le choix personnel 3 à 4 heures gagnées par jour en n’allumant tout simplement pas la télé.

Bon il faut avouer qu’il y a eu des gains qui n’étaient pas de mon propre chef. Avec le temps, il n’est plus devenu nécessaire d’accompagner les enfant à leurs diverses activités, c’est toujours quelques heures de gagnées par semaine.

Il y a encore tout un tas de choses que je juge inutiles et que je ne fais pas : laver la voiture, repasser mes caleçons, jouer à Candy Crush sur mon téléphone, …

Bien sûr les réseaux sociaux sont venus reprendre de la place et du temps, mais de cela j’ai déjà parlé. Et ce problème là semble être en passe d’être réglé pour un bon moment.

Alors, avec tout ce temps gagné – plus d’un quart d’une journée éveillée tout de même – il est devenu plus simple de :

  • participer à des réunions ;
  • organiser des évènements et des activités ;
  • passer du temps avec mes proches ;
  • lire ;
  • penser ;
  • donner des coups de mains ;
  • bricoler ;
  • passer du temps avec les amis ;
  • me détendre ;
  • … en fait la liste est très longue des choses que j’ai pu faire avec du temps gagné sur les futilités, vous savez c’est l’histoire du bocal rempli d’abord de gros cailloux, puis de gravier, puis de sable et enfin arrosé d’une bonne bière.

Bien entendu ce n’est pas une leçon de morale que je viens de vous donner, ni même très intéressant. Il s’agit simplement d’un « retour d’expérience personnelle », qui ne vaut que pour mon cas ; mais au moins ceux qui me posent cette question du temps libre ont-il une réponse.

Si je devais synthétiser, je dirais qu’employer son temps est principalement une question de choix personnels. Alors, à la remarque « je n’ai pas de temps pour faire ceci ou cela » je réponds souvent ; « bien sûr que tu as du temps … mais tu ne le sais pas »

  1. [1]1975 : Y’a un truc, avec Armand Jammot, édition Nathan

Pour vivre heureux, faut-il vivre caché ?

Cette question n’est pas le spoiler du prochain sujet de philo. C’est plutôt un complément au premier article de ce blog – Se planquer pour ne pas devenir fou. Quels avantages, quels inconvénients à la déconnexion ?

Après avoir fait le constat de la piètre qualité de l’information dans les médias : course à l’info, acharnement médiatique, sujets peu enthousiasmant, prépondérance du fait-divers. Voir à ce sujet la très bonne critique proposée par Aude sur youtube.

Après avoir été battu dans la lutte contre les hoax, les fake-news, les « réinformations », qui constituent un flot qu’aucun barrage ne semble pouvoir endiguer, voir à ce sujet cette conférence de Gérald Bronner.

Après avoir été désarçonné par le nombre croissant de tenants en diverses croyances : pseudo-médecines, pseudo-sciences … A titre d’exemple, je ne citerai que les antivax dont le nombre progressé de manière dramatique ces dernières années.

Après avoir vu le retour en force des ennemis de la Laïcité et par la même de la République.

J’ai donc pris le parti de ne plus me connecter ni à la télé, ni à la radio, ni sur les réseaux sociaux. Ça, je pense que c’était déjà parfaitement clair dans le précédant article, je ne reviendrai donc pas plus longtemps là dessus.

Mais il y a d’autres vertus à se déconnecter, que je découvre peu à peu.

Le temps tout d’abord. En quelques semaines les journées se sont magiquement rallongées, plus de temps pour lire, plus de temps pour se former, plus de temps pour se reposer, plus de temps pour analyser au lieu de réagir.

Le stress ensuite. Ne plus avoir connaissance des choses qui m’agacent, certes ne les fait pas disparaitre, mais au moins n’y suis-je pas confronté de manière disproportionnée. C’est reposant. Alors, au début, il y a un peu ce sentiment d’abandonner le combat. Cette légère frustration de ne pas pouvoir cliquer sur « partager ». Et puis les habitudes changent, au lieu de partager à des centaines d' »amis », je cible, je personnalise le partage. Je découvre les vertus du temps long.

Et puis il y a aussi, la satisfaction de se dire que je protège un peu mieux mes données personnelles. Ne plus les laisser en pâture à facebook en n’étant plus connecté de manière permanente est quand même assez agréable.

Et il y aura certainement d’autres choses à découvrir pleines d’intérêt.

Comme tout bon article avec un titre putaclic, je n’ai absolument pas répondu à celui-ci dans le développement. Pour le moment, le réglage de ce blog fait que les nouveaux articles sont automatiquement publiés sur facebook, twitter et Google+, je ne suis donc pas complètement caché. Ensuite je n’étais pas malheureux avant de me « planquer ». Je retrouve simplement un peu plus de liberté, et ce n’est pas si mal. Et puis un jour prochain, je déconnecterai sûrement aussi ce blog. En attendant, ce n’est pas la peine de commenter cette publication sur les réseaux sociaux. Je n’y répondrai pas.

Par contre si vous voulez en discuter, ici-même, ce sera volontiers.

Se planquer pour ne pas devenir fou

Je sentais bien monter un truc bizarre ces derniers temps, comme un malaise. Du coup j’avais déjà pris pas mal de distance avec les réseaux sociaux. Exit facebook, Goodbye Twitter … Tchao à tous. Plus loin dans le temps j’avais déjà éteint la radio, avant encore, c’était la télévision-boite-à-con.

Je me suis justifié ça par le fait que consulter les réseaux sociaux était trop chronophage. Mais en fait, je crois que la raison est bien plus profonde.

Il y a plus de 25 ans, je faisais mes débuts dans le monde d’Internet, particulièrement avec les emails. Et ce furent les premiers messages-chaines. Ceux pour la leucémie de Noélie, que j’ai reçu une fois, deux fois, dix fois, cent fois depuis 2003, qu’il m’arrive encore de recevoir aujourd’hui. Ceux me disant que les employés SNCF avaient tellement d’avantages que les grèves étaient indécentes. Ces deux tours dans lesquelles les avions ne sont jamais rentrés …

Et puis après les mails, il y a eu les forums, les réseaux sociaux.

Les avis de chacun devenant des théories, les opinions des faits, les croyances des certitudes. Les idées les plus farfelues se sont répandues, développées, transformées … elles ont trouvé un écho formidable, chemtrails, illuminatis, reptiliens … Les tenants doux-dingues sont devenus des gourous du complot[1]

Et comme le complotisme à cela de formidable qu’il est impossible de convaincre un tenant. Pensez-donc, si vous essayez de démontrer qu’il n’y a pas de complot là ou il en voit un, et bien c’est tout simple, vous en êtes, ou pire vous êtes un mouton. Le simple fait de ne pas y croire fait de vous une confirmation vivante que le complot existe bel et bien.

Sans compter les populistes de tous bords en période électorale racontant n’importe quoi, inventant de toute pièce des problèmes pour proposer leurs solutions.

Et ils sont tellement nombreux les tenants, tellement présents, tellement verbeux, qu’ils accaparent toute discussion. Ils noient les fils sur les forum, sur les réseaux, ils insultent, ils invectivent, ils méprisent, … quoi que l’on dise on ne peut que confirmer leur hypothèse.

J’ai tenté de rectifier certains trucs faisant de la pédagogie autant que possible, répondant inlassablement aux mails, expliquant sur les forums. Mais rien n’y fait, ils sont beaucoup trop présents, trop, partout. L’invasion à craindre ce n’est pas celle des reptiliens, des francs-maçons, du groupe Bilderberg ou autres illuminatis. Non, celle qu’il faut craindre réellement, c’est celle des complotistes, car ils sont en train de détruire purement et simplement notre civilisation.

Semant le doute partout, non pas un doute rationnel, mais un doute systématique et délétère. Ils ne cherchent pas la vérité, ils veulent imposer la leur en faisant fi de la raison, niant les preuves, les évidences pour servir leur dessein d’annihilation.

Je ne supporte plus de les voir partout se répandre, se servant de leur esprit comme on se sert d’une feuille de papier hygiénique. Comme il m’est impossible de les faire disparaitre, il faut que je fasse l’autruche, que je cache ma tête en dehors des réseaux, en dehors de ce flot continu d’informations fausses. Je plaide pour la déconnexion. Je ne veux plus être le réceptacle de toute la bêtise humaine.

Je suis une autruche, je suis un mouton, je suis déconnecté.

  1. [1]http://www.conspiracywatch.info/conference-de-gerald-bronner-sur-les-theories-du-complot.html