T’es au courant ? Non, je devrais ?

Je disais récemment mon désintérêt pour l’actualité. Et ce n’est pas un constat facile à faire (en bonus le texte d’un sketch de Coluche sur ce sujet).

C’est en discutant avec des collègues, l’autre jour, que j’en ai vraiment pris conscience. Je disais ma déconnexion de toutes sources d’informations et ils me répondaient : mais alors ça, tu n’es pas au courant ? Et à chaque nouvelle question je répondais non.

Non, je ne suis pas au courant … et alors ?

Du coup, avec eux, on a essayé de trouver un sujet qu’il me serait important de connaitre et on n’a pu qu’arriver à cet étrange constat, la plupart des informations, si ce n’est l’intégralité, donnée dans les médias n’a pas d’intérêt.

Je ne parle même pas du journal de Pernault avec ses « foires à la saucisse » et autres « concours de craché de noyaux de cerise ». Dans ce cas la disqualification est évidente.

Je ne parle pas non plus des marronniers habituels, bouchons autoroutiers en été, rentrée scolaire en septembre ou Noël en décembre … Franchement, parler des bouchons lors d’un « chassé-croisé », ça intéresse qui ? Ceux qui sont dans les bouchons sont parfaitement au courant, l’info ne leur apporte rien. Ceux qui sont devant leur télé ? Ils ne sont pas sur la route et ne sont pas le moins du monde concernés.

Je parle encore moins des « infos » people. La plupart du temps je ne sais même pas de qui ils s’agit, ce n’est tout de même pas pour m’intéresser à ce qu’ils font.

Non, je parle bien de toutes ces supposées informations qui emplissent les journaux télé, les chaines d’info en continu, les journaux papier, internet.

Par exemple, je me pose toujours la question de l’intérêt de relater un fait divers (accident, meurtre, disparition, …), et surtout la question du choix ? Pourquoi tel meurtre plutôt qu’un autre ? Pourquoi un accident qui fait deux morts sur une autoroute du centre de la France est-il préféré à un accident de train qui fait des centaines de morts en Inde ? Pourquoi trois disparus dans une avalanche alpine devraient plus nous intéresser que cinquante disparus dans un naufrage en méditerranée, ou cent cinquante dans un avion en Amérique Latine ?

Alors, si le fait divers ne m’intéresse pas, peut-être dois-je m’occuper des affaires politiques du pays. Quel intérêt puis-je trouver dans la petite phrase de tel ponte de tel parti sur un de ses « amis » politique ? Dans quinze jours, ils seront réconciliés.

Je devrais m’intéresser à ce qui peut me concerner alors ? Le vote des lois ? Les journaux nous parlent essentiellement des lois qui peuvent faire polémique, qui sont « médiatiques », ils les exposent de manière souvent partisane, partielle et partiale. Bref, quel intérêt ? Et les autres lois, quelquefois plus discrètes mais ayant plus d’impact sur notre quotidien passent sous les radars.

La situation internationale ? Pourquoi m’inquiéter de cela ? Si Donald Trump et Kim Jong-Un décident de nous faire péter la gueule, franchement, ça me servira à quoi de le savoir avec une heure d’avance ? Je préfère, et de loin, l’apprendre au moment ultime.

On n’a donc pas réussi à trouver de thèmes qui puissent réellement m’apporter une information utile ou pertinente. Alors qu’est-ce qui pourrait me faire intéresser à nouveau à l’actualité ? Peut-être un traitement plus « journalistique ».

Pas de micro-trottoir. Je me contrefiche de connaitre l’opinion de 3 quidams choisis sur le prix des fraises ou de deux usagers mécontents d’une grève dans les transports dont ils ne connaissent rien.

Pas d’acharnement médiatique. Je me contrefiche de connaitre les coucheries de tel politique ou les problèmes judiciaires de tel joueur de foot (déjà que le foot, je m’en tape, alors !)

Pas de traitement équivalent de toutes les opinions. L’avis de Hubert Reeves sur les étoiles n’a définitivement pas la même valeur que celui d’Élizabeth Teissier.

Moins titres racoleurs. Il est frustrant d’être racolé par le titre d’un article dont le contenu n’aura finalement pas grand chose à voir.

Moins de course au scoop. C’est insupportable qu’une information se diffuse comme une trainée de poudre, sans qu’il n’y ait eu un effort d’analyse avant. Souvent, le scoop se révèle faux, et rare sont les journaux qui s’excusent d’avoir diffuser des infaux[1].

Je vous laisse avec Coluche pour la conclusion.

La misère, y parait c’est un truc terrible …
La misère augmente énormément dans l’monde…
Tout augmente… c’est normal !

C’est bizarre : moi, j’me fous d’tout ça, j’arrive pas à m’intéresser.
Et y’a pire : j’ai pas honte…

J’l’ai lu dans les journaux hein, les mecs y disaient : « Ceux qui s’intéressent pas c’est des CONS! ».
Moi je suis con ! Déjà, vous, vous avez pas l’air…
Mais, alors, moi… euh !

Y’a la guerre au Vietnam, y’a la guerre au Cambodge, y’a la guerre en Iran, y’a la guerre en Afrique…
Ça s’rapproche, hein ?
Mais moi JE M’EN FOUS…
Je préférais la guerre au Vietnam à la guerre en Iran parce que… elle était plus loin.
J’trouvais ça plus sympathique.

Regardez les morts en Afrique à la télé, en direct !
« Poivre d’abord » avec une ptite chemisette très mignonne :
 » – Eh bien, cher docteur, ce p’tit enfant a donc la famine et vous n’pourrez rien pour lui.

Il va mourir, malgré tout c’que vous lui avez donné comme médicaments..

– Ben oui, vous voyez, euh, l’œil ne réagit plus, voyez, je l’pince il ne bouge pas…
Hann ! Ça y est; il est mort… »

– « Bon ben coupez, elle est bonne. »

Oh nan arrêtez, là ! Ils viennent mourir dans l’poste maintenant !
Nan ! Y’a des mecs qui meurent de la famine pendant qu’on est à table ! Arrêtez, là !
Les mecs qui meurent de la famine on leur passe pas des images de mecs qui sont en train d’bouffer !

Mais c’est marrant, moi j’m’en fous complètement hein.
JE ME FOUS DE TOUT !

Tiens les Cambodgiens, il paraît qu’y en a pu.
Il paraît qu’il y a moins de Cambodgiens vivants que d’éléphants en Afrique.
Et pourtant, les éléphants, y’en n’avait pas lourd, hein.
C’était une race déjà en voie d’disparition : le Cambodgien c’est pire.
Le mec qui en a adopté un couple l’année dernière il a fait une affaire, on en trouve p’u’ !
Simplement, on sait pas si ils vont s’reproduire en captivité, mais…

Eh ben, c’est marrant, moi, j’arrive pas à m’intéresser.
Je m’en fous d’tout ça.

La pollution c’est pareil !
Maintenant les pétroliers viennent chier en Bretagne.
Ils arrivent là : « PAAAFFF » !! La Bretagne !!! Ooohh.. Les cormorans… « Pprrrt prrt.. »

T’façon j’vais pas y aller en Bretagne, hein ?
Et pis, même, admettons, j’vais être franc, j’vais être honnête !
Admettons qu’j’vais en vacances en Bretagne, ça m’intéresserait quand la pollution ?
Juin, juillet, août, peut-être septembre ?
Et pis le reste … On va pas s’amuser à s’occuper, ça va pas non ?

Eh, mon vieux, les animaux c’est pareil !
On te dit « Protégez les animaux ! Protégez les animaux ! »
Bon ! En France on élève des poulets… On les mange.
En Afrique ils élèvent des crocodiles, c’est les crocodiles qui les mangent.
Faudrait savoir si faut protéger les crocodiles ou les Africains en Afrique.

Brigitte Bardot qui nous gonfle là avec ses bébés phoques !
J’lui dis moi j’fais 41 en bébé phoque, si t’en trouves 2 pareils…
J’f’rai scier les pattes, j’me f’r’ai installer les fermetures éclair.
On va pas s’geler les arpions pour que ces deux conards qu’on connait même pas s’glissent sur la banquise…

La misère du monde n’est pas de dimension humaine.
Y’en a TROP d’misère !

Alors on s’occupe de la notre, et pis quand on n’en a pas j’dois dire qu’on n’a pas à s’en occuper.
Hein ? Un mec qui aurait pas d’misère et qui s’occuperait d’misère ça s’rait vraiment un con.
Ça s’appellerait « utiliser son intelligence à ses dépens ». Franchement…
Alors Dieu il a qu’à s’occuper, dans c’cas là moi j’crois en Dieu, si on m’emmerde avec la guerre, j’crois en Dieu !
C’est Dieu qui s’occupe de tout.
Ah, moi, je sais pas, euh, il est pas là, en c’moment, Dieu…
J’m’excuse, hein, ça m’aurait fait plaisir !
Il aurait pu nous défendre, il aurait dit deux mots, il vous aurait répondu lui-même, mais il est pas, là.

Les mecs qui gueulent après la guerre y’en a partout.
La guerre, la guerre… ça existe pas tout seul, faut bien trouver des mecs pour la faire hein !
Les gens ils gueulent après Hitler mais on l’a surtout connu pendant la guerre c’t homme là.
Pis, De Gaulle lui doit tout. Mais oui !

Maintenant ils enferment des intellectuels dans des… goulachs… avec des haricots rouges, là…
Le monde entier gueule pour avoir du boulot !
On les met ds des camps d’travail, ils gueulent ! Alors !

Mais oui, mon vieux !

Les Russes ils auraient pas fait les Jeux Olympiques en Afghanistan, euh, j’aurais même pas su où c’était moi l’Afghanistan.
L’Afghanistan, l’Turkistan, le « Turc qui s’détend », est-ce que j’sais où c’est moi ?

Moi, je suis con, hein, mais putain j’aime ça !

Je SAIS qu’c’est mal de pas s’occuper d’la misère du monde…
Je l’sens, je m’dis : « T’es bête, t’es vraiment con… Bon, T’ES CON, allez! »
Alors je me dis, la prochaine fois qu’y’a une nouvelle guerre,
C’est-à-dire la PROCHAINE FOIS, je m’occupe de tout.
Je saurai :
– où c’est,
– qui a des frontières avec,
– qui a commencé,
– qui c’est qui a envahi,
– si Joan Baez y est allé chanter,
– je saurai tout !

Et pis j’m’intéresse, 3 s’maines, tout ça…

J’m’intéresse à la guerre au Cambodge, là, l’autre jour,
Pis j’me suis aperçu qu’c’était des Vietnamiens qui la f’saient…
Pendant 30 ans, moi, j’avais été pour les Vietnamiens qu’on allait faire chier…
Dès qu’ils ont été libérés, ils ont envahi l’Cambodge…
J’avais pas l’air con, tiens !

« Ah ben t’es pour les Vietnamiens ?! Ils ont envahi l’Cambodge, hé !!! »

Alors la prochaine fois j’me dis j’moccuperai d’tout.
J’m’occupe 3 s’maines, et j’laisse tomber.
Pouah, j’suis con !!!.

Heureusement qu’tout l’monde fait pas comme moi.
Ça s’rait un de ces bordels le monde !!!
D’ailleurs, c’est un beau bordel, hein.

Je m’demande si tout l’monde fait pas comme moi…

  1. [1]fake news, infos frelatées, …

Allonger le temps … sans Einstein

Quand j’aborde la question de mes activités associatives,de  bricolage, administratives … une question revient souvent : « Comment fais-tu pour trouver le temps de faire tout ça ? »

J’ai bien quelques explications à fournir :

  • dilater de manière relativiste du temps ;
  • utiliser une machine à explorer le temps afin de rejouer certaines heures de la journée ;
  • être dans le film une journée sans fin ;
  • avoir volé le collier retourneur de temps d’Hermione Granger ;

Mais après avoir passé tout ça au rasoir d’Ockham, il ne reste pas grand chose de vraiment plausible.

Pourtant, la journée dure toujours 86 400 secondes. Et dans chacune de ces 86 400 secondes il est assez difficile de faire tenir beaucoup d’activités.

Alors certes, se lever tôt et se coucher tard, sont des facteurs qui accroissent la durée effective « occupable » d’une journée. Cependant ce n’est pas toujours suffisant.

Comme disait Gérard Majax en son temps « Y a un truc[1] » ; et se truc n’est ni magique, ni scientifique.

Ne vous attendez pas à la révélation du siècle, il s’agit simplement de faire des choix.

Comment j’ai procédé pour allonger mes journés :

Avant de me rendre compte que les faits-divers, l’acharnement médiatique et autres sujets d’actualité ne m’intéressaient absolument pas je regardais au moins deux fois le journal télé (midi et soir). -> gain 1h15 par jour. Je reviendrai dans un autre billet sur mon désintérêt pour l’actualité.

J’avais aussi la prétention de croire que j’étais vachement cultivé en regardant des candidats mal ou bien répondre dans des jeux de culture générale -> gain 45 minutes par jour

Et puis bon, le soir un bon documentaire ou un petit film sympa à sélectionner parmi un choix limité, donc en réalité pas du tout ce qui me plait le plus, mais plutôt ce qui me déplait le moins -> gain 1h45 par jour

Voilà pour le choix personnel 3 à 4 heures gagnées par jour en n’allumant tout simplement pas la télé.

Bon il faut avouer qu’il y a eu des gains qui n’étaient pas de mon propre chef. Avec le temps, il n’est plus devenu nécessaire d’accompagner les enfant à leurs diverses activités, c’est toujours quelques heures de gagnées par semaine.

Il y a encore tout un tas de choses que je juge inutiles et que je ne fais pas : laver la voiture, repasser mes caleçons, jouer à Candy Crush sur mon téléphone, …

Bien sûr les réseaux sociaux sont venus reprendre de la place et du temps, mais de cela j’ai déjà parlé. Et ce problème là semble être en passe d’être réglé pour un bon moment.

Alors, avec tout ce temps gagné – plus d’un quart d’une journée éveillée tout de même – il est devenu plus simple de :

  • participer à des réunions ;
  • organiser des évènements et des activités ;
  • passer du temps avec mes proches ;
  • lire ;
  • penser ;
  • donner des coups de mains ;
  • bricoler ;
  • passer du temps avec les amis ;
  • me détendre ;
  • … en fait la liste est très longue des choses que j’ai pu faire avec du temps gagné sur les futilités, vous savez c’est l’histoire du bocal rempli d’abord de gros cailloux, puis de gravier, puis de sable et enfin arrosé d’une bonne bière.

Bien entendu ce n’est pas une leçon de morale que je viens de vous donner, ni même très intéressant. Il s’agit simplement d’un « retour d’expérience personnelle », qui ne vaut que pour mon cas ; mais au moins ceux qui me posent cette question du temps libre ont-il une réponse.

Si je devais synthétiser, je dirais qu’employer son temps est principalement une question de choix personnels. Alors, à la remarque « je n’ai pas de temps pour faire ceci ou cela » je réponds souvent ; « bien sûr que tu as du temps … mais tu ne le sais pas »

  1. [1]1975 : Y’a un truc, avec Armand Jammot, édition Nathan

Pour vivre heureux, faut-il vivre caché ?

Cette question n’est pas le spoiler du prochain sujet de philo. C’est plutôt un complément au premier article de ce blog – Se planquer pour ne pas devenir fou. Quels avantages, quels inconvénients à la déconnexion ?

Après avoir fait le constat de la piètre qualité de l’information dans les médias : course à l’info, acharnement médiatique, sujets peu enthousiasmant, prépondérance du fait-divers. Voir à ce sujet la très bonne critique proposée par Aude sur youtube.

Après avoir été battu dans la lutte contre les hoax, les fake-news, les « réinformations », qui constituent un flot qu’aucun barrage ne semble pouvoir endiguer, voir à ce sujet cette conférence de Gérald Bronner.

Après avoir été désarçonné par le nombre croissant de tenants en diverses croyances : pseudo-médecines, pseudo-sciences … A titre d’exemple, je ne citerai que les antivax dont le nombre progressé de manière dramatique ces dernières années.

Après avoir vu le retour en force des ennemis de la Laïcité et par la même de la République.

J’ai donc pris le parti de ne plus me connecter ni à la télé, ni à la radio, ni sur les réseaux sociaux. Ça, je pense que c’était déjà parfaitement clair dans le précédant article, je ne reviendrai donc pas plus longtemps là dessus.

Mais il y a d’autres vertus à se déconnecter, que je découvre peu à peu.

Le temps tout d’abord. En quelques semaines les journées se sont magiquement rallongées, plus de temps pour lire, plus de temps pour se former, plus de temps pour se reposer, plus de temps pour analyser au lieu de réagir.

Le stress ensuite. Ne plus avoir connaissance des choses qui m’agacent, certes ne les fait pas disparaitre, mais au moins n’y suis-je pas confronté de manière disproportionnée. C’est reposant. Alors, au début, il y a un peu ce sentiment d’abandonner le combat. Cette légère frustration de ne pas pouvoir cliquer sur « partager ». Et puis les habitudes changent, au lieu de partager à des centaines d' »amis », je cible, je personnalise le partage. Je découvre les vertus du temps long.

Et puis il y a aussi, la satisfaction de se dire que je protège un peu mieux mes données personnelles. Ne plus les laisser en pâture à facebook en n’étant plus connecté de manière permanente est quand même assez agréable.

Et il y aura certainement d’autres choses à découvrir pleines d’intérêt.

Comme tout bon article avec un titre putaclic, je n’ai absolument pas répondu à celui-ci dans le développement. Pour le moment, le réglage de ce blog fait que les nouveaux articles sont automatiquement publiés sur facebook, twitter et Google+, je ne suis donc pas complètement caché. Ensuite je n’étais pas malheureux avant de me « planquer ». Je retrouve simplement un peu plus de liberté, et ce n’est pas si mal. Et puis un jour prochain, je déconnecterai sûrement aussi ce blog. En attendant, ce n’est pas la peine de commenter cette publication sur les réseaux sociaux. Je n’y répondrai pas.

Par contre si vous voulez en discuter, ici-même, ce sera volontiers.

Se planquer pour ne pas devenir fou

Je sentais bien monter un truc bizarre ces derniers temps, comme un malaise. Du coup j’avais déjà pris pas mal de distance avec les réseaux sociaux. Exit facebook, Goodbye Twitter … Tchao à tous. Plus loin dans le temps j’avais déjà éteint la radio, avant encore, c’était la télévision-boite-à-con.

Je me suis justifié ça par le fait que consulter les réseaux sociaux était trop chronophage. Mais en fait, je crois que la raison est bien plus profonde.

Il y a plus de 25 ans, je faisais mes débuts dans le monde d’Internet, particulièrement avec les emails. Et ce furent les premiers messages-chaines. Ceux pour la leucémie de Noélie, que j’ai reçu une fois, deux fois, dix fois, cent fois depuis 2003, qu’il m’arrive encore de recevoir aujourd’hui. Ceux me disant que les employés SNCF avaient tellement d’avantages que les grèves étaient indécentes. Ces deux tours dans lesquelles les avions ne sont jamais rentrés …

Et puis après les mails, il y a eu les forums, les réseaux sociaux.

Les avis de chacun devenant des théories, les opinions des faits, les croyances des certitudes. Les idées les plus farfelues se sont répandues, développées, transformées … elles ont trouvé un écho formidable, chemtrails, illuminatis, reptiliens … Les tenants doux-dingues sont devenus des gourous du complot[1]

Et comme le complotisme à cela de formidable qu’il est impossible de convaincre un tenant. Pensez-donc, si vous essayez de démontrer qu’il n’y a pas de complot là ou il en voit un, et bien c’est tout simple, vous en êtes, ou pire vous êtes un mouton. Le simple fait de ne pas y croire fait de vous une confirmation vivante que le complot existe bel et bien.

Sans compter les populistes de tous bords en période électorale racontant n’importe quoi, inventant de toute pièce des problèmes pour proposer leurs solutions.

Et ils sont tellement nombreux les tenants, tellement présents, tellement verbeux, qu’ils accaparent toute discussion. Ils noient les fils sur les forum, sur les réseaux, ils insultent, ils invectivent, ils méprisent, … quoi que l’on dise on ne peut que confirmer leur hypothèse.

J’ai tenté de rectifier certains trucs faisant de la pédagogie autant que possible, répondant inlassablement aux mails, expliquant sur les forums. Mais rien n’y fait, ils sont beaucoup trop présents, trop, partout. L’invasion à craindre ce n’est pas celle des reptiliens, des francs-maçons, du groupe Bilderberg ou autres illuminatis. Non, celle qu’il faut craindre réellement, c’est celle des complotistes, car ils sont en train de détruire purement et simplement notre civilisation.

Semant le doute partout, non pas un doute rationnel, mais un doute systématique et délétère. Ils ne cherchent pas la vérité, ils veulent imposer la leur en faisant fi de la raison, niant les preuves, les évidences pour servir leur dessein d’annihilation.

Je ne supporte plus de les voir partout se répandre, se servant de leur esprit comme on se sert d’une feuille de papier hygiénique. Comme il m’est impossible de les faire disparaitre, il faut que je fasse l’autruche, que je cache ma tête en dehors des réseaux, en dehors de ce flot continu d’informations fausses. Je plaide pour la déconnexion. Je ne veux plus être le réceptacle de toute la bêtise humaine.

Je suis une autruche, je suis un mouton, je suis déconnecté.

  1. [1]http://www.conspiracywatch.info/conference-de-gerald-bronner-sur-les-theories-du-complot.html